Propos liminaire du groupe — Conseil municipal du 25 juin 2026
Au nom du groupe socialiste, Pierre Lopez Landier revient sur l'affaire qui a secoué la Ville et réaffirme l'engagement des socialistes contre les violences sexistes et sexuelles et pour l'égalité.
Conseil municipal du 25 juin 2026
Seul le prononcé fait foi.
Monsieur le Maire, Mesdames, messieurs, cher·es collègues,
Depuis notre dernier Conseil, la vie politique de notre Ville a été secouée par une affaire dont la portée dépasse largement le cadre d'un débat opposition-majorité.
Au nom du groupe socialiste, nous souhaitons d'abord dire une chose très simple : notre respect pour la victime.
Nous savons, particulièrement dans les milieux politiques, que prendre la parole est un acte difficile, que c'est un acte courageux et qu'il appelle à la dignité des réactions.
Nous voulons dire à cette jeune femme, à ses proches, et il y en a dans cette salle, nous le savons, notre sympathie et notre solidarité.
Nous disons plus largement aux femmes victimes de violence, nous vous croyons, vous n'êtes pas seules, ce n'est jamais vous le problème.
Le problème, c'est un système de prédation global, qui porte un nom : le patriarcat. Un système qui fait des femmes des proies et qui construit et élève les garçons comme des prédateurs.
Monsieur le Maire, nous aurions aimé, et nous aurions dû, pouvoir nous arrêter à ce premier propos ce matin.
Saluer l'acte courageux d'une prise de parole qui libère et qui remet le bourreau face à ses actes. Rappeler combien le combat pour le droit des femmes et contre les violences sexistes et sexuelles est essentiel.
Oui, nous aurions aimé pouvoir nous arrêter là. Mais ce n'est malheureusement pas possible.
Car depuis ces révélations, nous avons entendu des réactions qui ne sont pas seulement maladroites. Elles sont indignes, coupables, intolérables.
Comment comprendre, en 2026, que l'actuel président du Département du Nouveau Rhône, Christophe Guillotteau, réagisse à cette situation en expliquant dans des propos moyenâgeux qu'il comprend que des hommes n'aient pas réagi. Car après tout, c'est bien normal, « ils ne voulaient pas faire de vague » dans leur petite campagne de conquête du pouvoir, mais qu'il ne comprend pas les bonnes « mères de famille », qui elles ne l'ont pas fait.
Ce propos est tout simplement irresponsable, et n'est pas acceptable.
Alors qu'un homme est accusé de viol, que c'est à nouveau un homme qui ferme les yeux, certains sont encore capables de mettre cela sur le dos des femmes.
Nous le disons très clairement, ce genre de propos participe du problème.
Les choses sont simples : personne n'est jamais responsable des crimes d'un autre. En revanche, chacun est responsable de ce qu'il fait lorsqu'il en a connaissance.
Fermer les yeux, se taire, attendre. Ce sont des choix.
En refusant de voir la gravité d'un tel acte, dans l'espoir d'une victoire électorale, certains ont fait la démonstration d'un cœur lyonnais finalement bien défaillant.
Lyon méritait mieux, et les Lyonnaises et Lyonnais ne s'y sont pas trompés en refusant que s'installe à l'Hôtel de Ville un homme incapable de prendre la mesure de l'époque dans laquelle nous sommes, et qui, une deuxième fois après l'affaire Quentin Deranque, a démontré son incapacité à se hisser à la hauteur face à un drame.
Si notre propos est si dur ce matin, c'est parce qu'il ne s'agit pas d'un sujet « droite contre gauche ». Il ne s'agit pas d'un débat entre une opposition et sa majorité.
Non, il s'agit d'un camp, celui des féministes, des alliés, des humanistes, contre celui des inconséquents et des complaisants.
Certains auront préféré le silence pour tenter de décrocher la victoire, ils auront finalement eu la défaite et le déshonneur.
Monsieur le Maire, nous voulons ce matin prendre le temps de dire les choses. Il y a, encore aujourd'hui, une incapacité à voir le problème là où il est : c'est-à-dire dans un monde qui fonctionne dans un système de domination généralisée qui mine notre société.
Un système qui laisse perdurer des inégalités sociales et des discriminations raciales. Des riches dominent des pauvres, des blancs oppriment des personnes noires, des hommes agressent des femmes, des hétérosexuel·les condamnent des homosexuel·les.
Des discriminations, il en est question à Lyon à travers l'agenda « Résonance » qui porte haut les revendications d'égalité pour notre Ville.
Mais là encore, des réactions dignes du moyen-âge se sont élevées, comme celle de la députée Tiffany Joncourt, dont les positions n'ont rien à envier à celles des néo-nazis. « Est-ce vraiment la place de la Ville de financer tout ça ? Pourquoi accueillir un bal des fiertés dans notre Hôtel de Ville ? »
Et bien la réponse est très simple : à cause des gens comme vous.
À cause de vous et de toute la droite identitaire, réactionnaire, totalement réfractaire qui rêve de revenir au début du siècle dernier.
Parce que vous n'avez pas fait « votre » le combat pour l'égalité, Parce que la différence continue de vous déranger, Parce que votre conservatisme rétrograde vous empêche de voir que la société a changé et que l'égalité ne se discute plus.
L'égalité, au contraire, elle s'affirme, elle se défend, elle se porte, et les socialistes que nous sommes, sont fiers d'y participer dans la majorité à Lyon.
Nous sommes également fiers de le faire dans nos différents groupes parlementaires, et nous saluons l'annonce de la reprise par le gouvernement de la proposition de loi portée par la députée socialiste Céline Thiébaut Martinez pour une loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles commises à l'encontre des femmes et des enfants.
Je veux terminer Monsieur le Maire par une note plus personnelle, puisqu'il s'agit de ma première prise de parole vraiment officielle dans le cadre de cette assemblée.
Je suis venu à l'engagement politique il y a déjà presque 15 ans, justement par la porte d'entrée des questions féministes et d'égalité femmes-hommes.
J'y suis venu parce que j'étais animé d'une conviction très profonde, et j'ai toujours cette conviction d'ailleurs : si les femmes sont cloisonnées à des rôles, cela signifie obligatoirement que les hommes sont assignés à d'autres rôles.
Le sujet des luttes féministes n'est pas seulement un sujet de droits des femmes, il s'agit bien d'un combat pour une libération partagée.
Aujourd'hui les hommes représentent :
- 84 % des auteurs d'accidents de la route mortels,
- 86 % des mis en cause pour meurtre,
- 90 % des personnes condamnées par la justice.
Alors il est temps de comprendre que le combat pour l'égalité ne peut pas seulement être le sujet des femmes, il doit être un impératif partagé, porté aussi par des hommes qui ont conscience qu'ils vivront mieux dans une société débarrassée de tous les diktats masculinistes.
Je vous remercie.